Pourquoi dit-on que le thé vert est bon contre le cancer ?

Depuis quelques années, le thé vert a particulièrement attiré l'attention pour ses vertus sur la santé. Souvent relayé par la presse pour ses propriétés antioxydantes, le thé vert fait beaucoup parler de lui dans la prévention voir le traitement de certaines maladies comme le cancer. A une époque où le nombre de cancers diagnostiqués ne cesse d'augmenter, il apparaît crucial de multiplier très rapidement les thérapies. Mais à l'heure actuelle, qu'est-ce que l'on sait exactement du thé vert sur le cancer ?


Deuxième boisson la plus consommée au monde, 2,5 millions de tonnes de feuilles de thé produites par an, le thé est au cœur de nos tasses. Une tasse qui fait parler pour ses vertus bien-être au point que certains instituts comme la Fondation Contre le Cancer (1) a rédigé une fiche sur le thé vert comme complément alimentaire en cas de cancer. Qu'est-ce qui fait que l'on s'intéresse autant au thé vert pour le cancer ?


J'ai dit cancer ?


On peut comparer le corps humain à une maison de briques. Les briques, les meubles et les équipements d'une pièce correspondent à nos cellules. Tous ces éléments vont former chaque pièce de vie que l’on peut comparer à nos organes. Une cuisine nous permet de faire à manger, le cœur permet d'envoyer le sang aux différents organes de l'organisme. A chaque pièce, sa fonction.


Alors qu'est-ce qui passe quand on a un cancer (2) ?

Le cancer c'est un dérèglement des cellules qui peut être causé par l'environnement ou par des causes génétiques. Les cellules possèdent des programmes qui leur permettent de se protéger et de prévenir d’erreurs qui peuvent survenir lors de leur multiplication. Lorsqu’elles n’y arrivent pas, elles vont agir anormalement comme accélérer leur multiplication : c’est la tumeur. Tout comme un électroménager a besoin d'électricité pour fonctionner, la cellule a besoin des molécules véhiculées par le sang pour fonctionner. Lorsque la tumeur atteint une certaine taille, les cellules à l'intérieur ne sont plus irriguées par les vaisseaux sanguins, elles finissent par mourir.


Et qu'est-ce que ces cellules tumorales font pour contrer ça ?

Elles sécrètent des signaux pour agir sur son environnement. Elles vont capter les vaisseaux sanguins environnants, créent leur propre réseau vasculaire, modifier le comportement des autres cellules tumorales et des cellules saines : c'est le cancer, une tumeur maligne richement vascularisée. Selon l’organe et le développement du cancer, l’environnement peut ne plus être favorable pour les cellules cancéreuses. Certaines cellules vont se modifier pour pouvoir se déplacer et rejoindre d’autres organes par le sang ou le réseau lymphatique : ce sont les métastases.


Et le thé vert dans tout ça ?


Dans le monde de la recherche, cela fait plus de 30 ans que le thé vert est étudié pour ses propriétés anticancéreuses. Si vous tapez "tea and cancer" sur les moteurs de recherche des publications scientifiques, vous trouverez 5143 articles. Pour comprendre pourquoi le thé vert intéresse, il faut voir un peu de chimie.


Les feuilles de thé vert contiennent des polyphénols. Ces polyphénols ont deux fonctions connues : la liaison à certains métaux comme le fer dont l’excès peut causer l’anémie et l’activité antioxydante. L’oxydation c’est une réaction chimique qui induit le transfert d’un électron à un composé. C’est le cas lorsque de la rouille se forme. Lors du développement du cancer, des phénomènes d’oxydation se produisent et génèrent des composés toxiques que l’on appelle ROS (espèces réactives à l’oxygène). Ces ROS vont modifier les cellules cancéreuses en faveur de la progression de la maladie. Les polyphénols sont capables de relâcher des électrons pour contrebalancer l’oxydation et donc réduire la production de ROS. Cependant, différentes études ont montré que certaines parties des polyphénols peuvent s’auto-oxyder et générer de nouveaux ROS. Ce déséquilibre entre oxydation et antioxydation perturberait l’environnement des cellules cancéreuses (3)


Dans le thé, les polyphénols les plus performants sont appelés catéchines. La catéchine la plus performante est l’EGCG. L’EGCG a été massivement étudiée avec 1789 publications pour « EGCG and cancer ».


L’EGCG, comment ça fonctionne ?


A ce jour, on ne connaît pas les cibles exactes de l’EGCG. Il semblerait que l’EGCG soit capables de se lier à de nombreuses molécules pro-cancérigènes. L'EGCG empêcheraient ainsi leur action pour la progression de la maladie. En 2014 (4), Yang et ses collaborateurs ont récapitulé les facteurs qui sont inhibés par l’EGCG dans les cultures de cellules : les facteurs permettant la multiplication des cellules, le déplacement des cellules, le développement des vaisseaux sanguins.


Et en pratique ça donne quoi ?


Les résultats chez l’animal sont fluctuants. En 2010 (5), Li et ses collaborateurs ont démontré qu’une eau supplémentée à l’EGCG entraînait une diminution de la croissance de cancer pulmonaire chez la souris. Ces résultats ont été comparés à des cultures de cellules de cancer pulmonaire. Ils ont montré que la dose d’EGCG présente dans la tumeur de la souris était 133 fois moins importante que dans les cultures de cellules. Les discordances de résultats entre les études cellulaires et chez l’animal pourraient s’expliquer par les différences de doses. La durée d’exposition à l’EGCG est également différente, elle n’excède pas 48 heures dans les cultures de cellules contrairement à l'ingestion quotidienne chez l'animal. De plus dans l'organisme, l’EGCG est dégradée en majorité tout au long du système digestif, en particulier par les bactéries intestinales. Ceci peut également limiter l’accumulation de l’EGCG dans les tumeurs.


Les résultats sont encore plus nuancés chez l’Homme. La plupart des études épidémiologiques des années 80 à 90 n’ont pas montré l’amélioration de la maladie (6). Le thé vert n’est qu’un paramètre dans la vie d’une personne : le tabagisme, l’alimentation, le mode de vie, l’environnement, tous ces paramètres introduisent des biais dans l’interprétation des résultats. De plus, il n’existe pas de protocoles standardisés pour la consommation de thé : à quelle dose ? quelle qualité des feuilles ? quel pays producteur quand on sait que la concentration en EGCC est particulièrement élevée dans les thés japonais ?


D’autres limites se posent et notamment les possibilités d’interactions avec d’autres thérapies. Une récente étude clinique chez l’Homme a démontré la réduction de la taille des tumeurs de la prostate en association à la chimiothérapie (7), tandis que d’autres études ne montrent aucun apport de l’EGCG pour améliorer les thérapies actuelles (8).


Et donc, on en est dans la recherche sur le thé vert dans le cancer ?


Si le thé vert présente des effets discutables sur la prise en charge du cancer, la prévention semble être une piste encourageante. En 2008, une publication japonaise (9) a récapitulé les résultats de deux cohortes datant de 1990 et 1993 sur la prévention du cancer de la prostate.


49920 hommes âgés de 40 à 69 ans ont participé à ces études qui ont pris fin en 2004. Ils ont bu 5 tasses de thé par jour soit environ 1 litre de thé vert. Le risque de développement du cancer de la prostate a diminué de moitié (risque relatif de 0,52) par rapport aux hommes qui ne consommait qu’une seule tasse de thé par jour. Cet effet préventif anticancéreux a également été démontré dans de nombreux modèles cellulaires et animaux, notamment en réduisant l’apparition de métastases (10) (peau, prostate, colorectal, sein, pancréas, poumon).


Le thé vert reste donc un dossier encore ouvert ...

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